Martin Le Ferrand

January 3, 2019

 

Martin, j’aimerais que tu me dises comment tu as réagi quand tu as appris que tu avais un cancer, comment as-tu envisagé les mois qui allaient suivre ?

 

Quand j’ai appris que j’avais un cancer, je n’ai pas vraiment pris la chose au sérieux. J’ai d’abord pensé à comment mon entourage allait réagir. Mon cancer, c’était quelque chose qui serait réglé au bout de quelques semaines, quelques mois, quelque chose de pas grave, qui passerait, comme passent un rhume ou une angine. Finalement, j’ai eu un contrecoup plus tard, quand j’ai réalisé que ça allait durer, que ça allait être dur, qu’il allait falloir se battre, réunir beaucoup de force et d’énergie pour pouvoir affronter la bête, Etienne comme on l’appelle. La réaction du premier temps n’a pas été la réaction globale.

 

Au bout de deux chimios, les soins ne marchaient pas, on nous a dit que tu allais être amputé. Comment as-tu vécu l’annonce de cette amputation ?

 

Bah un peu de la même manière. J’ai eu un gros choc quand le médecin me l’a dit. Je n’ai pas réalisé, je pense qu’il faut un peu de temps pour réaliser une telle annonce. On s’imagine difficilement sans jambe quand on en a toujours eu deux… Enfin, avec une jambe en moins. Donc au début ça a été dur. L’opération s’est bien passée, la semaine qui a suivi à l’hôpital a été un peu douloureuse, un peu chagrinante car je devais faire le deuil de ma jambe.

 

C’est aujourd’hui, cinq mois, six mois après, que c’est dur. Même si je me débrouille super bien dans la vie avec ma prothèse, quand je vois les gens sauter dans l’eau, quand je vois les gens se baigner, je me dis que «  plus jamais je ne pourrais faire ça, ça, et ça » … Même si je n’aime pas dire jamais, c’est là que c’est difficile et je réalise qu’il faut mettre une croix sur certaines choses que j’aimais. Mais au global, à côté de la maladie, là encore c’est qu’une jambe, j’en ai une deuxième, j’en ai une en fer, au final j’ai deux jambes et je suis heureux.

 

Tu fais de belles choses avec ta jambe en plus.

 

Oui ! J’ai pu faire un peu de skate, j’ai fait du parapente, je marche, je trottine même, je fais du vélo, je vais skier à Noël… Voilà, la seule chose c’est quand il faut l’enlever, la remettre, c’est ce qui est pénible en période estivale. Sinon, tous les jours dans la vie, j’ai un jean, ça ne se voit pas et personne ne le sait.

 

Je t’ai invité à faire de l’hypnose et du magnétisme. Est-ce que ça t’a apporté quelque chose ? Si oui, qu’est-ce que ça t’a apporté dans le quotidien de la maladie, dans les moments difficiles et aujourd’hui ?

 

Déjà il faut savoir que je suis quelqu’un de très cartésien. J’ai fait une première et une terminale scientifiques, j’ai toujours été très intéressé par les sciences.

J’étais très réfractaire à tout ce qui était hypnose, magnétisme, je n’y croyais vraiment pas. Pas pour un clou.

Et puis bah, comme j’étais malade, j’ai accepté de me lancer, j’ai accepté d’être aidé. J’ai été magnétisé plusieurs fois, j’ai fait beaucoup d’hypnose, et ça m’a vraiment, vraiment beaucoup aidé. Je ne sais pas si ça favorise le traitement, mais chaque fois que je sors d’une séance d’hypnose ou de magnétisme je suis détendu, je suis calme. Pendant une heure j’ai pensé à tout sauf à ma maladie. C’est des moments de repos dont mon esprit a vraiment besoin. Voilà, je ne sais pas si ça m’a soigné, mais ça m’a donné envie de me battre, ça m’a montré que j’étais suivi autrement que par des personnes en blouse blanche, que d’autres thérapeutes pensaient à moi, voulaient mon bien et ma guérison… Et ça fait beaucoup de bien à la tête.

 

La maladie est là, elle est toujours là. Qu’est-ce qui t’a fait le plus de bien ces 12 derniers mois ?

 

Avec ma famille, tout de suite, on a fait le choix de ne pas prendre la chose à la légère mais quand même dans une ambiance festive. On a beaucoup fait la fête, plus que les autres années : on a fêté mon cancer, son arrivée, on a fêté mes vingt ans ; Là on sort d’un week-end où une centaine de personnes se sont déplacées dans le sud de la France pour venir fêter deux soirs durant notre anniversaire à tous les trois, mes deux sœurs et moi.

 

Voir tout ce monde qui se mobilise, qui a envie de répondre présent à chaque invitation de notre part, me fait énormément de bien. Je me suis toujours senti très entouré, même s'il s'agit de personnes à qui je ne parle jamais. J’ai reçu une énergie de ces personnes, et des personnes qui m’entourent en général, qui est incroyable et qui se décuple dans la maladie.

 

J’ai une force en moi que je n’explique pas, qui ne vient pas de moi, une force qui est là car d’autres personnes sont là. Je n’entends pas forcément leurs prières si elles en font, mais ça me donne beaucoup de courage, ça me donne envie de me battre surtout pour elles. J’ai envie de réussir pour elles. J’ai envie de pouvoir fêter… Je leur ai promis, que dans six mois on se retrouverait pour faire la fête parce que j’avais l’intention d’être guéri.

 

C’est ça, c’est l’ambiance festive, l’énergie, les gens, c’est pas se prendre la tête à me dire «  je vais mourir », ou alors « je suis en train de vivre quelque chose d’horrible que personne ne peut comprendre » …  Bien sûr que si, les gens peuvent comprendre, c’est quand on leur en parle qu’ils comprennent et qu’ils me renvoient quelque chose qui est inexplicable. J’ai vécu des moments qui resteront à jamais comme les plus beaux moments de ma vie malgré la maladie.

 

Martin, y a t’il des soins, une méthode, un relationnel que tu aimerais recommander aux personnes qui apprennent qu’elles ont un cancer, pas forcément facile à soigner, pas forcément facile à guérir ?

 

On est tous différents mais pour moi, ce qui a été important, c’est de n’éprouver aucune culpabilité, aucun remord ou aucun regret. Je ne suis pas allé chez le médecin à temps, j’aurais dû y aller bien plus tôt, mais je ne culpabilise pas. C’était quelque chose d’imprévisible, on ne peut pas penser à quelque chose d’aussi violent quand on est si jeune, ou quand on est en bonne santé. 

C’est essayer de ne pas chercher de coupable, que ce soit dans l’hérédité, que ce soit dans mon style de vie, voilà, l’important est que ce que j’ai vécu, je ne le regrette pas. Et aujourd’hui, bah ça a les résultats que ça a, malade ou pas.

 

C’est tombé sur moi, ça aurait pu tomber sur le voisin. Faut pas essayer de chercher la probabilité, la culpabilité, le hasard.

Après, si je peux recommander un soin qui m’a aidé, c’est l’hypnose. L’hypnose, c’est du temps que l’on prend pour soi. On se repose, on médite, on réfléchit, on se pose des questions que l’on ne se poserait pas naturellement, comme « ce que m’a apporté la maladie ? ».

 

A priori on se dit tous que la maladie n’apporte rien, qu’elle détruit, alors qu’en fait, elle nous apporte une richesse intérieure que peu de personnes peuvent prétendre avoir quand elles ne sont pas malades, surtout à mon âge. On prend goût à la vie car dans la maladie on se voit facilement un pied dans la tombe. Alors quand reviennent les beaux jours, on profite de chaque instant : la moindre brise d’air frais, le moindre rayon soleil, les moments les plus simples... Ce sont les questions et réponses auxquelles l’hypnose m’a confronté.

Le magnétisme, c’est un peu pareil, on a l’impression de se laisser aller, de se laisser soigner. On ressent quelque chose ou pas, c’est propre à chacun, mais c’est un moment que l’on prend pour soi, où l’on se repose, où l’on se détend, où l’on est entre de bonnes mains.

 

Je recommanderais Maya, car c’est la personne qui m’a suivi en hypnose. C’est vraiment quelqu’un de très humain, qui met le doigt là où il faut et qui nous fait nous poser les bonnes questions, qui prend le temps d’écouter. J’avais presque l’impression d’être avec un psy. Pendant les séances d’hypnose, j’étais allongé sur le divan, (comme un psy d’ailleurs !) et je me laissais vraiment aller entre ses mains. J’ai été dans des états de conscience que je n’imaginais pas. C’était une expérience super que je recommanderai, et je pense que je serai invité à en refaire assez régulièrement, hors maladie, quand j’aurais des problèmes, ou pas…

 

Martin, tu es toujours en traitement, tu vas démarrer une radiothérapie. Tu es en confiance, nous sommes en confiance, je me permets de m’associer à cette confiance. Est-ce que tu sais ce que tu veux faire de ta vie après à la maladie, est-ce que la vision de ta vie future a évolué avec la maladie ?

 

Si la question est « est-ce que je sais ce que je veux faire de ma vie ? » Non, je ne sais pas. Aujourd’hui, je suis dans une école de commerce, ça n’a pas forcément été toujours ce que je voulais faire, mais j’y suis, j’y suis content et j’y suis bien. Là où ça a changé, c’est qu’avant, je voulais un métier pour gagner de la thune, pour mettre ma famille à l’abri, pour pouvoir vivre des moments où j’ai pas à me dire « merde, il me reste plus que tant, etc ». Bah j’avais des problèmes de thune d’ailleurs en tombant malade, et aujourd’hui, j’en ai plus rien à faire. J’ai juste envie de passer des bons moments, et s’il faut raquer, faut raquer. Que ça coute cher ou pas, tant que je passe des bons moments c’est le principal. Et voilà, aujourd’hui c’est comme ça que je suis heureux.

 

Essayez plein de choses sur vous si vous êtes malade, y’a plein de méthodes qui existent, si l’une ne marche pas, par exemple la chimio n’a pas marché pour moi, ils en trouveront une autre, qui marchera ou pas, mais pareil, si elle ne marche pas ils chercheront quelque chose d’autre.

 

Dans tous les cas, la clé, c’est vous qui l’avez. Si vous avez envie de vous battre, vous vous battrez et vous réussirez. Si tout de suite, vous prenez la maladie avec dépit, et que vous la portez comme une croix, cherchez même pas. Il faut que l’envie de vivre, elle vienne de vous, et seulement de vous-même. Il ne faut pas qu’on vous l’insuffle, c’est quelque chose qui est profond et qui vient de très profond en vous, et c’est ce qui permet d’apprécier chaque moment comme je les apprécie aujourd’hui.

 

Merci Martin

 

De rien Maman

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload

Posts Récents

January 11, 2019

January 3, 2019

January 3, 2019

December 26, 2018

Please reload

Archives
Please reload

Rechercher par Tags
Please reload

Retrouvez-nous
  • Facebook Basic Square
  • Twitter Basic Square
  • Google+ Basic Square

Rejoignez-nous :

  • Facebook
  • LinkedIn
  • Twitter
  • YouTube

© 2019 Sophie Renard