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EMDR - Violaine Courret

Violaine Burle - Psychologue clinicienne et thérapeute EMDR (78)

Violaine, qui es-tu ? Pourquoi es-tu psy ?

 

J’avais une prédisposition à accompagner et aider les autres qui vient de mon histoire de famille dans laquelle j’ai grandi avec un frère handicapé. J’ai aussi été sensibilisée par le soin à travers le métier de ma mère qui était kiné.

Pourquoi l’EMDR ?

Ma première patiente m’a convaincue de l’utilité de me former à cette approche : elle était depuis deux ans en psychothérapie avec moi car elle avait été agressée sexuellement lorsqu’elle était plus jeune. De par ce vécu traumatique, elle rencontrait de grandes difficultés à construire des relations affectives satisfaisantes avec les hommes. Elle avait 30 ans et avait envie de construire sa vie, d’avoir des enfants, de s’épanouir dans sa sexualité mais dès qu’un homme l’approchait, elle avait des réactions de rejet et de défense disproportionnées.

On avait mis du sens ensemble sur son histoire et nous avions trouvé l’origine de tout cela dans le cadre de la thérapie d’inspiration analytique. Mais cela ne levait pas ses symptômes et j’avais le sentiment qu’il restait une dernière charnière à déverrouiller que l’on n’arrivait pas à atteindre. J’ai fait des recherches sur des méthodes possibles pour déverrouiller cette charnière. J’ai contacté une thérapeute EMDR de mon réseau pro. A peine deux mois plus tard j’ai reçu un SMS de ma patiente qui me remerciait de l’avoir orientée vers l’EMDR, car elle venait de rencontrer quelqu’un, qu’elle était heureuse, qu’elle n’avait plus peur de la relation amoureuse et qu’elle s’épanouissait dans sa vie de femme et son intimité.

 

Je me suis alors dit que je ne pouvais pas passer à côté de l’opportunité de me former à cette technique qui a autant d’effets, car j’ai quand même choisi ce job pour soulager mes patients.

 

Qu’est ce que l’EMDR ?

 

Comme nous le définit l’institut EMDR « La thérapie EMDR est une nouvelle approche de psychothérapie qui utilise la stimulation sensorielle des deux côtés du corps, soit par le mouvement des yeux soit par des stimuli auditifs ou cutanés, pour induire une résolution rapide des symptômes liés à des événements du passé ».

 

Chaque jour, le traitement de l’information se fait naturellement par le cerveau lors de la phase de sommeil paradoxal. C’est ce qui fait que ce qui nous a touché un jour peut être digéré le lendemain et ne plus nous affecter. Dans l’immense majorité des cas, le cerveau fait bien son travail, mais dans le cas d’un traumatisme cette information reste bloquée et n’est pas retraitée. En EMDR on réactive un phénomène naturel pour retraiter cette fameuse information bloquée.

 

Est-ce que tu as déjà reçu des personnes malades du cancer ? Comment les as-tu aidées ?

 

Curieusement les patients malades du cancer ont plus besoin d’être accompagnés sur le traumatisme lié à l’annonce que la maladie elle-même.

Concrètement, les épreuves à portée traumatiques ou douloureuses sont : aller à un examen, une radio, une chimio…

Ensemble, on travaille sur la peur. On désensibilise ce qui, dans le présent, est un déclencheur de stress, d’angoisse, de symptômes physiologiques et ce qui est en résonnance avec le traumatisme de l’annonce. Car je dois m’intéresser à ce qui est le plus perturbant pour le malade. C’est le point de départ du traitement.  

 

Tu es entrain de me dire que l’annonce de la maladie traumatise plus le malade que la maladie elle-même ?

 

Le plus souvent oui et j’ajouterais que ce qui traumatise la personne c’est l’évènement associé à ce qu’il dit de négatif de la personne à l’instant T où il le vit.

 

Je ne suis pas sûre de comprendre.

 

Quand l’évènement douloureux survient, la personne ressent une émotion liée à son histoire. Les ressources personnelles de chaque personne vont aussi influencer l’impact du traumatisme : si on fait face à un évènement douloureux dans une période de sa vie dans laquelle on est entouré par des personnes bienveillantes, on a de l’énergie, etc.  On ne va pas appréhender l’évènement douloureux de la même manière que si l’on est isolé, déprimé ou que l’on se sent en situation de fragilité personnelle.

 

Par exemple, dans le cadre d’un accident de voiture le thérapeute va demander au patient « Quelle est l’image la plus perturbante du traumatisme, qu’est ce que cette image peut dire de négatif sur vous ? »

Cela peut être : « j’ai vu la plaque d’immatriculation de la voiture en face se rapprocher et quand j’y pense maintenant les mots qui me vienne c’est « j’ai plus le contrôle ».

Ce « j’ai plus le contrôle » est associé à une image, à une émotion et à une sensation corporelle qui appartient à la personne.  

 

Toi par exemple quel souvenir as-tu de l’annonce de la maladie de Martin ?

 

C’était samedi 10 décembre 2016, il devait être 14H.  Vincent, mon ami médecin de Lille, à qui j’avais demandé d’aller voir Martin pour regarder l’IRM qu’il avait fait la veille m’a appelée. Il m’a annoncé que l’IRM montrait qu’il s’agissait d’une tumeur de plus 16 cm, qu’elle était nécrosée, qu’elle ne touchait pas l’os, mais que c’était cancéreux, que ce serait long et compliqué... A cet instant là, j’étais dans le jardin, sous le cyprès, j’ai senti ma vie s’effondrer, j’ai vu mon fils malade et sans vie.

 

Si on devait construire un protocole EMDR ensemble, on partirait très certainement de cette situation et de l’image la plus perturbante pour toi dans cette situation. Car aujourd’hui encore, quand tu en parles, cela active des réactions émotionnelles fortes et probablement des sensations associées. Ton émotion s’est exprimée, tu as pleuré, ton visage a changé et je vois que ce n’est pas digéré. Et ça, c’est le signe évident d’un effet traumatique. 

 

Tu me conseilles donc de consulter ?

 

A la seule condition que cela soit trop lourd à vivre pour toi. Un des principes dans la pratique de l’EMDR c’est que le patient puisse me restituer ce qu’il observe en lui : une douleur, une émotion, une pensée, un souvenir, même rien du tout.

« Rien du tout » n’est pas le signe d’un mauvais fonctionnement du processus de désensibilisation. Dans certains cas, il suffit simplement d’une sensation dans le corps et on peut travailler.

 

Quand tu as soigné le traumatisme de l’annonce, quel bienfait vit le patient dans le quotidien de sa maladie ?

 

Personnellement, j’ai remarqué que la personne vivait davantage dans le présent, en abordant la maladie pas à pas. Ça lui donne aussi la force de s’adapter aux changements.

Le plus souvent, les patients disent qu’ils ne sont plus gênés par tel ou tel souvenir.  

 

Par exemple, j’ai un patient dont la gêne la plus forte s’exprimait sur le chemin entre le métro et l’hôpital car il avait d’énormes appréhensions. Après le travail de désensibilisation, ce chemin s’était transformé en opportunité de faire de la méditation, de regarder ce qui était beau autour de lui et de rendre ce vécu banal.

Très souvent, les patients disent « cela ne touche plus » « C’est comme si j’étais loin de ce qui me perturbait » « C’est comme un mauvais souvenir qui ne me fait plus mal ». Ils ont même du mal à se remémorer ce qui les a traumatisés.

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© 2019 Sophie Renard