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Travail - Jean-Philippe Ammeux

Jean-Philippe AMMEUX, Directeur Général de l’IESEG

Jean-Philippe, qui êtes-vous ? comment êtes-vous devenu président de l’IESEG ? 
 

J’étais étudiant à l’IESEG en 1974, et j’y suis toujours...
Après l’armée, je suis devenu professeur pour financer mon DEA. Le directeur de l’IESEG m’a proposé de faire des travaux dirigés. Après mon doctorat, je suis devenu professeur d’économie internationale, puis directeur des études, puis directeur de l’école en 1994.

Je continue à enseigner dans quelques écoles de commerces en plus de quelques recherches en lien avec l’international. Depuis 1994, on est passé de 500 élèves à 5000 sur les deux campus de Lille et Paris.

 Le concours de l’école est fait pour redistribuer les cartes et faire en sorte que des élèves qui ont un profil différent puissent suivre de beaux parcours post-bac. Et on aime les profils brillants qui n’ont pas cartonné, ou qui n’aimaient ni les prépas ni le lycée. On a des élèves qui ont des notes assez diversifiées de 10 à 20. Il faut donner une chance à chacun… Les voies de qualités doivent rester ouvertes au plus grand nombre.

 

Vous êtes toujours en contact avec des jeunes, qu’est ce qui vous plait tant depuis 1994 ?

 

C’est le meilleur job qui existe, on aide des jeunes à grandir, on est dans un environnement dynamique qui ne vieillit jamais. Les dernières années disent même « qu’est ce qu’ils sont jeunes les premières années ». On est constamment branché sur la jeunesse qui bouge.

 

Les jeunes d’aujourd’hui zappent en permanence, ils en savent autant que les professeurs. Notre métier est davantage de l’accompagnement, du coaching, que de l’apport de connaissances. Notre rôle consiste à faire en sorte que chacun devienne acteur de sa propre formation.

Le revers de la médaille c’est un peu ce qui arrive à Martin ou a d’autres. On a du mal à accepter que certains jeunes puissent vivre des choses aussi difficiles…

Cette génération est en attente de sens beaucoup plus fort que les générations précédentes. Ils ont une exigence, par rapport à leurs attentes humaines, autant dans l’entreprise que dans la vie. Ils sont demandeurs de l’équilibre personnel ET professionnel. Je les encourage dans cette vision même si je les invite à plus de patience. En tant qu’adultes, nous sommes obligés de nous remettre en cause et de nous adapter.

  

Notre ambition est de former des « change makers », des managers qui sont acteurs du changement : « Empowering changemakers for a better society »... Il y a trop de suiveurs dans les entreprises. Il faut des vrais leaders qui ont une vision pour dessiner le futur et mettre en œuvre la politique…

 

Quand vous avez appris la maladie de Martin, qu’avez-vous ressenti ?

Quand on apprend une aussi mauvaise nouvelle, on se dit que ce n'est ni normal, ni acceptable d'être touché de cette façon là, à cet âge-là. Dans la vie, c'est plus tard que de tels pépins arrivent, pas en pleine jeunesse, en plein épanouissement. Quelque part, c'est inacceptable. J'ai commencé par refuser.

Il s'agit d'un membre de notre famille qui est touché même si ce n'est pas la vraie famille. C'est grave car c'est un proche, pas à titre personnel, mais un proche de notre communauté qui est touché de plein fouet. On doit faire le maximum. On ne sait pas encore ce qui va être fait. C'est d'abord du témoignage en disant "on est là Martin, tes copains, tes profs, l'école, on est avec toi". Malheureusement il existe des situations similaires et chaque fois nous avons l'impression que l'IESEG a un rôle à jouer.

Quand les jeunes sont touchés comme l'est Martin, ils ont souvent tendance à vouloir privilégier l'IESEG.

L'attachement des jeunes à l'institution, aux copains, aux personnes qui font partie de notre communauté m'épate. On se doit donc d'être là et de faire de notre mieux. Nous sommes contents d'être là.

 

Quels conseils donneriez-vous à vos élèves devenus patrons qui auraient dans leurs équipes des personnes touchées par la  maladie ?

Tout dépend comment on voit l'entreprise. C'est un lieu dans lequel on crée de la valeur ajoutée, de la finance. Pour moi c'est bien plus que cela car l'entreprise est une communauté de personnes, un lieu d'accomplissement des individus. Si l'on ne vient au travail que pour travailler, et pour gagner de l'argent, ça ne durera pas longtemps...

Si en plus, on est content de travailler avec les autres, de construire quelque chose ensemble, on dépasse alors le côté purement technique de l'entreprise qui est une communauté humaine et qui comme toute communauté humaine, prête attention à chacun de ses membres. Une entreprise doit veiller à ce que chacun de ses membres soit bien. Sinon elle ne fonctionne pas bien. Comment obtenir l'engagement des personnes si on n'est pas une entreprise humaine, une vraie communauté, tournée vers un projet commun.

 

Quels conseils auriez-vous envie de donner à toutes les personnes malades ?

Surtout ne pas se replier, ne pas se cacher. Pour surmonter une épreuve, on a besoin des autres. `

On a besoin d’aide dans tous les cas. Cela pose des questions existentielles, notamment sur le sens de la vie sur terre.

Martin est un exemple, il y croit, il a l’espoir, il s’accroche, il a la volonté de vivre, il a un projet.

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© 2019 Sophie Renard