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Guérie - Isalou Regen

Isalou Regen - La magie du matin - Maman de 2 enfants & auto entrepreneuse dans la vidéo.

Isalou, pourquoi as-tu écrit « la magie du matin » ?

Le démarrage était il y a 25 ans à l’annonce de mon cancer du sein. Le matin, je n’avais pas la pêche, j’étais angoissée, terriblement angoissée je n’avais pas d’énergie de vie. Un jour, j’ai ressenti que nous étions tous interconnectés et que les autres personnes pouvaient me donner pleins de clés. Alors, j’ai commencé à demander à toutes les personnes que je croisais « mais pourquoi tu te lèves ? Comment tu te mets en route ? ». A écouter les autres, j’ai reçu des tonnes de petites astuces. C’est là que pour la première fois j’ai ressenti une énergie vitale, celle qui donne la vraie pêche, la vraie joie malgré tout ce qui peut nous arriver de dramatique dans la vie. Mes enfants étaient aussi un énorme moteur pour me lever le matin.

Voilà, la racine de la magie du matin c’est mon cancer, cet entre-deux de « flip », où je ne savais plus trop comment, quelle était ma perspective, qu’est ce qui pouvait me motiver.

J’en ai fait un travail artistique : beaucoup de photos, d’interviews et j’ai été repérée par France-Inter pour faire une chronique sur le matin.

Tu as eu un premier cancer et une récidive quelques années plus tard. Peux-tu me dire ce que tu as ressenti lors des annonces, et ce que tu as mis en place immédiatement pour guérir ?

La première fois, j’ai senti une petite boule sous le sein et je ne m’attendais pas du tout à ce que ce soit un cancer. J’avais 29 ans - seuls 2% des cancers du sein touchaient des femmes de moins de 30 ans. Mon gynéco était un ami, il m’a dit « écoute, comme tu as aussi des grains de beauté on va tout retirer : les grains de beauté et la boule ». Je me suis rendue à l’opération « esthétique » pour retirer les grains de beauté et cette petite boule car la mammographie était rassurante.

La réalité a été toute autre. L’annonce m’a été faite par téléphone, je flippais pour les grains de beauté depuis toute petite, mais c’est le sein qui était malade. En deux secondes, le monde s’est écroulé. Ce n’était pas possible.

Au téléphone mon ami m’a dit « non, c’est moins grave, puisque c’est un cancer du sein, c’est sur le sein que tu es touchée ». J’avais 29 ans, j’avais deux petits enfants, ce n’était pas mon destin.

J’ai refusé. J’étais dans le déni total, celui si bien décrit par Elizabeth Kübler-Ross qui a fait un très beau travail sur les différentes phases d’acceptation du cancer. Donc je n’étais pas malade : "la chimio ? OK ça me fatigue. Mais je ne suis pas malade, je suis juste fatiguée".

Petit à petit, j’ai réalisé que j’étais vraiment malade. J’ai ensuite été très en colère. Néanmoins, je ne voulais pas que le cancer me contrarie dans ce que j’avais à donner à la vie et surtout dans ce que j'avais à vivre avec mes enfants. Je voulais élever mes enfants pour qu’ils volent un jour de leurs propres ailes. J’ai fait ce qu’il fallait faire, la chimiothérapie puis les rayons. Après les traitements, j’ai eu un premier sentiment de victoire : le cancer ne m’avait pas mise K.O.


Tu as réussi à soigner ton premier cancer. Comment s’est passée la récidive ? 

La récidive, c’était moins drôle.

On scrute tous le regard du médecin qui est fixé sur la radio lorsqu’on passe un examen. J’étais donc à une échographie de contrôle. J’observais le médecin qui s’approchait de l’écran. Je lui ai demandé s’il voyait quelque chose. Il m’a répondu « oui, ce n’est pas clair ». Le monde s’est à nouveau écroulé. Je me disais mince, si c’est de nouveau là, c’est forcément un mauvais diagnostic, un mauvais pronostic. J’ai eu très peur. La décision des médecins a été immédiate : mastectomie en urgence. On retire tout. Il n’y avait pas de métastases mais bon il fallait aller vite…

On m’a donc retiré le sein et je l’ai bien vécu. J’ai vu immédiatement des images d’amazones. Celles du mythe grec qui s’amputent d’un sein pour pouvoir mieux viser avec leur arc. Je me suis promis que j’allais apprendre à mieux viser, désormais j’ai un arc invisible, et je vais mieux viser ma vie, je vais mieux la cibler, mieux l’orienter vers du positif car je n’ai plus les moyens de déconner. Je ne peux plus perdre de temps, ou faire n’importe quoi de ma vie. Il faut que je cible dans cette éthique et cette obligation de bien-être et de pensée positive.

Ce que tu viens de dire concernant la pensée positive est très inspirant, comment l’as-tu mis en place au quotidien ?

Quand j’ai commencé la chimiothérapie, je suis allée à la FNAC, j’ai regardé tous les livres de développement personnel. J’ai acheté un livre qui s’appelait « Guérir par la visualisation ». J’ai vécu la chimiothérapie avec la visualisation. Mes amis m’accompagnaient à chaque fois. Vive mes amis, merci merci merci l’entourage… Mes amis se sont tous relayés aux séances de chimio, pour me lire une technique de visualisation. Je me souviens de la première, avec Lise, ma meilleure amie ; Elle était tombée sur un exercice dans lequel il fallait que visualise une rivière de diamants qui illuminait tout mon corps, qui me nettoyait et me purifiait. C’était formidable. La chimio n’a pas été si difficile à vivre car je voyais des images positives, bienveillantes, purificatrices, qui nettoyaient toutes les cellules méchantes, affreuses qu’il fallait dégommer.

 

Ensuite, j’ai démarré la méditation. Je suis devenue positive à voir la bouteille à moitié pleine plutôt qu’à moitié vide. J’ai orienté mon regard, j’ai cherché à mieux me connaître. C’était un vrai travail de comprendre comment je fonctionnais, comment je pouvais apprendre à sortir le meilleur de moi. Je ressentais et comprenais enfin ce que toutes les neurosciences nous disent : plus on développe de la bienveillance, de la gratitude et des jolis sentiments, plus ça nous revient. J’ai vraiment appris à essayer d’être moins en colère, moins dans le jugement, moins dans la culpabilité, moins dans les peurs, moins moins moins… Et travailler toujours sur moi pour développer le meilleur de moi-même pour mieux donner aux autres et à moi-même.


Isalou, quels seraient les conseils que tu aimerais donner à toutes les personnes qui viennent d’apprendre qu’elles ont un cancer, plus ou moins grave, et qui ne savent pas comment avancer ?

 

  • Regarder la réalité en face, et relever ses manches pour le combat que l’on doit mener. Cela demande un regard de courage et de vérité. Se dire : « Ok, je suis peut-être en train d’y passer ». On doit oser vivre ce moment, en tout cas c’est comme cela que je l’ai vécu. Dès lors, on peut vraiment construire un projet courageux. On peut tout mettre en place pour sauver sa peau. Mais Il faut d'abord accepter ce combat-là sans victimisation. Ce qui nous arrive, arrive à pleins d’autres personnes dans le monde, nous ne sommes pas des victimes pour autant. On peut même, au contraire, être des victorieux parce qu’on s’en sort.

  • Se dire aussi que le cancer est une occasion de se rencontrer dans nos potentiels insoupçonnés. C’est notre chemin. C’est malheureusement toujours dans les épreuves que l’on grandit, donc le cancer est une énorme occasion, un énorme rendez-vous pour grandir. Au-delà de la peur. On est terrorisé, j’étais moi-même terrorisée, je reste aussi parfois terrorisée. Mais on apprend à danser avec la peur. De toutes façons, la peur est une construction mentale. A partir du moment où on arrive à orienter son esprit ailleurs que vers la peur, l’émotion se détourne. Dès lors, on gagne du terrain vers une forme de sagesse.

 

Le conseil c'est donc « regardez votre peur, parce qu’elle existe, on ne va pas la nier, mais on peut en faire quelque chose, on peut la transformer, elle peut être une énergie motrice pour aller plus haut, dans le mieux, dans le meilleur, dans tout ce potentiel que l’on ne connait pas de soi, et aussi dans la survie. On a besoin de ça, c’est une énergie forte la peur. Il n’y a pas de courage sans peur, donc c’est à la mesure de notre courage. Ok, la peur, c’est la partie émergée de l’iceberg.  On peut tous aller visiter l’autre partie de l’iceberg qui est magnifique, c'est notre courage.

 

Donc hop hop hop… Faut relever nos manches et puis on y va, on contacte son courage, on le dépasse, et on y croit .

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© 2019 Sophie Renard