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"La petite voix" Herveline Denis

Herveline Denis, créatrice du podcast, "La petite voix"
 

Qui êtes-vous ? Que faites-vous dans la vie ?

 

Je m’appelle Herveline Denis, j’ai 41 ans. Je suis freelance dans la communication digitale. Je vis en couple avec Nicolas, et nous sommes parents de jumeaux, un garçon et une fille, qui auront bientôt 5 ans.

J’ai aussi créé il y a quelques mois un podcast, La petite voix.

 

Vous avez créé la petite voix ? Qu’est-ce que c’est ?

 

La petite voix, c’est « le podcast qui donne la parole à ceux et celles qui nous font du bien ». Ce sont des entretiens de 30 à 45 minutes, que je publie un mardi sur deux, avec des professionnels du bien-être et du développement personnel.

L’idée de ce podcast m’est venue l’an dernier, alors que j’étais soignée pour un cancer du sein. Dès que j’ai su que j’étais malade, je me suis tournée vers les thérapies alternatives. Je m’y intéressais déjà avant, et là j’ai su que cela me serait indispensable. Psy, ostéopathe, astrologue, naturopathe, magnétiseur, coupeur de feu… je les ai beaucoup côtoyés et ils m’ont énormément aidé pendant les soins. Certains ont joué un rôle primordial dans cette expérience du cancer. A leur contact, je me suis imprégnée de leur sagesse, de leur spiritualité et j’ai pu donner du sens à la maladie. J’ai pu vivre les traitements - deux opérations, de la chimiothérapie et de la radiothérapie - de façon apaisée. J’ai apprivoisé ma peur et les moments de doute.

En parallèle, j’ai aussi beaucoup marché pendant les soins pour accompagner la guérison. Pendant ces marches quotidiennes, j’ai beaucoup écouté de podcasts. J’aime ce média intime et chaleureux.

Et puis un matin de septembre dernier, vers la fin de ma chimio, alors que j’étais en train de méditer, l’idée de ce podcast qui donne la parole aux thérapeutes m’est venue et ne m’a plus lâchée. Je voulais partager ces belles rencontres que j’avais faites, leur faire parler de leurs parcours et de leur pratique.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez appris que vous aviez un cancer ? 

Un choc ! Malgré la biopsie que j’avais faite quelques jours avant, j’étais confiante et j’étais persuadée que cela n’arrivait qu’aux autres. J’ai eu la chance que ma médecin traitant me l’annonce à la fois avec beaucoup de franchise et autant de bienveillance. Mes deux premières questions pendant la consultation ont été : vais-je mourir ? et comment allons-nous protéger les enfants ?

J’ai peu de souvenirs des heures et des deux jours qui ont suivis, j’étais sidérée. Ma médecin ayant bien fait les choses, elle avait programmé un rendez-vous avec un chirurgien. Donc seulement deux jours après l’annonce, nous en savions déjà plus sur les caractéristiques de ce cancer et les traitements qui viendraient. Cela a été une étape, si j’ose dire, relativement rassurante. J’y voyais plus clair sur ce qui m’attendais.

Et puis, je ne saurais expliquer pourquoi, mais dans la semaine qui a suivi l’annonce, je me suis sentie entourée. Pas seulement par mes proches, et notamment mon conjoint, qui ont été d’un grand soutien. Mais j’ai eu le sentiment qu’une petite voix me soufflait que ça irait. Que bien sûr je passerai par des moments difficiles mais qu’à la fin, tout irait bien. Comme si à ce moment-là, je recueillais les bénéfices de mon cheminement personnel des années précédentes, pendant lesquelles je m’étais ouverte à la méditation et à la spiritualité.

En quoi est ce que la maladie a changé votre vie ?

Je suis partagée par rapport à cette question. On entend souvent dire qu’une telle épreuve change notre rapport à la vie. C’est en partie vrai. Je me suis rendu compte que l’on peut surmonter bien plus que ce que l’on imagine. Que notre corps peut se révéler notre meilleur allié même lorsqu’il est lui-même directement touché. Que finalement, la vie, ce n’est pas seulement nager dans le bonheur en permanence, mais plutôt accueillir ce qui se présente et que lorsque l’on est dans un moment difficile, il y a toujours quelque chose à en apprendre.

Parfois, je me dis aussi que la maladie ne m’a pas tant changée. Ça a été une parenthèse de quelques mois, très spéciale bien sûr, mais mon quotidien ressemble à ma vie d’avant. Malgré ce que j’ai vécu, je suis toujours capable de me prendre la tête parfois pour des bêtises (mon podcast sera-t-il prêt à temps ?), de m’énerver après mes enfants ou de stresser pour le boulot. Il ne faut pas croire - dans mon cas en tout cas - que l’on acquiert tout d’un coup une grande sagesse qui nous rend imperturbable.

Je pense que le changement se vit en profondeur, que c’est là qu’est logée notre sagesse nouvelle, qui n’est rien d’autre qu’une grande foi en la vie. Mais à la surface les aléas du quotidien subsistent... preuve que le chemin n’est pas terminé (et tant mieux finalement) !

Quels conseils aimeriez-vous donner à une personne qui vient d’apprendre qu’elle est atteinte d’un cancer ?

C’est une question difficile car il y a autant de types de cancer qu’il y a de types de personnalités qui la vivent. Dans mon cas, ce qui m’a fait du bien, c’est ce que m’a tout de suite dit mon conjoint : « on s’apprête à traverser un long tunnel, pas sympa, il va y avoir des moments difficiles, mais ce n’est qu’un tunnel. Au bout, il y a un autre chemin, de la lumière et plein de choses à vivre ». Je me suis souvent accrochée à cette image lorsque j’en avais besoin, je m’imaginais la suite, je me projetais dans un avenir plus radieux et ça me faisait du bien.

Un autre conseil que je pourrais donner, c’est d’être d’une immense bienveillance envers vous-même, envers votre corps. Par exemple, je n’ai jamais aimé que l’on me dise que je devais me battre contre ce cancer. Bien sûr je voulais guérir, mais je ne voulais pas de ce discours guerrier. C’est déjà suffisamment éprouvant, j’avais besoin de douceur, et je préférais dire que je l’accueillais pour le raccompagner gentiment vers la sortie.

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© 2019 Sophie Renard