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Tennis - Henri Lecomte

Henri Leconte - Joueur de tennis professionnel (92)


Henri, tu as été blessé à de nombreuses reprises ?


En 1987, j’ai eu une première hernie discale au moment où j’étais au top de ma carrière. En décidant de me faire opérer, je mettais ma carrière en péril, j’entendais souvent : « Henri, on ne sait pas s’il va pouvoir rejouer au tennis ».
Six mois plus tard, je jouais la finale de Roland-Garros que je perdais, c’était une période difficile pour moi car j’étais mal physiquement et moralement. 

Le public était contre moi, je le vivais mal. J’ai dû être à nouveau opéré en 89 et en 91. Entre chaque opération, je suivais une rééducation intense, minimum 4 à 5 heures par jour. La dernière opération fût la plus terrible. C’était une nouvelle façon d’opérer, en sous cutané. J’ai du tout reprendre à zéro. Notamment réapprendre à marcher, je n’arrivais plus à rien.

Mais là il s’est passé un moment extraordinaire, un jour Yannick Noah et Patricia Joubert m’ont appelé et m’ont dit « On a besoin de toi ». Toute ma vie a alors basculé, on m’offrait une seconde chance. Je suis alors allé en centre de rééducation à Douarnenez avec Patrick Chamane.
C’était en 91, l’année de la coupe Davis.

Le centre de rééducation semble avoir été une expérience inouïe ?


Oui, j’ai adoré. 
Je me suis entendu dire « Henri, ça sera dur mais c’est toi qui as les clé, on va tout faire pour que tu ailles dans cette direction là, mais c’est toi qui dois y aller. ET si tu ne veux pas, tu n’iras pas ». 
Je me suis entraîné comme une bête, j’étais Terminator : j’ai réappris à courir, à marcher, à jouer au tennis, à servir, à me déplacer en travaillant la rétro conversion du bassin. 
Tous mes collègues du centre avaient des profils et des parcours différents. 
Ils étaient au courant que j’étais là en vue de la coupe Davis, ils me poussaient comme des fous je recevais leur énergie. Ça m’a donné envie de me surpasser pour eux comme pour moi. 
Je garde en mémoire ce jour où en montant à l’étage, j’ai croisé un jeune polyhandicapé de 13 ans qui m’a demandé comme j’allais, après que je lui ai répondu, il m’a dit : 

« Moi j’ai fait le con, j’ai pris le scooter, et ben voilà…  Mais ça va, et tu vas la gagner la coupe Davis, pour nous, hein ? »

Il ne le sait pas mais il m’a énormément apporté.
Juste ce mot, ce moment de vie où je me suis dit : « Finalement j’ai de la chance ! J’ai un tout petit problème au dos, j’ai un peu de mal à marcher mais je vais jouer pour la France au Tennis ». J’ai alors fait quatre semaines de rééducation vécu des moments douloureux, d’autres où j’ai perdu confiance. Le corps humain n’est pas habitué à souffrir. 
Quand on pratique le sport à haut niveau on le sollicite beaucoup plus qu’on ne le devrait…
Et malheureusement, c’est dans les épreuves de la vie que l’on progresse humainement.  

Quels conseils voudrais-tu nous donner ?

 

Un seul conseil : Bats-toi, bats-toi pour toi, pas pour les autres. Mais pour vaincre ta maladie qui est une étape de ta vie. Tu es plus fort qu’elle. Il ne faut pas abdiquer, il faut y aller, foncer. Alors fonce. Tu n'as pas le choix.

Sois fier de toi et sois courageux. Il y aura des moments difficiles, il y aura aussi des bons moments et parfois plus de mauvais moments. Bats-toi comme si tu entamais un combat de boxe, un match de tennis ou un grand prix. Si t’es passionné de sport. Raccroche-toi à cela.

Dis-toi bien que pour les sportifs de haut niveau, ce n’est pas facile non plus. Il y a plus de mauvais moments que de bons. Ce sont les moments difficiles qui nous font aller plus haut. Mais il faut y croire.

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© 2019 Sophie Renard