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Malade - Géraldine Dormoy

Géraldine Dormoy a 43 ans, elle est journaliste et auteure du livre Un cancer par si grave. Après des études de commerces et des jobs en marketing, Géraldine a créé le blog café mode. Ce blog lui a permis de créer une communauté et d’écrire. Géraldine aime écrire et interagir avec des personnes qui ont les mêmes préoccupations qu’elle.  

Géraldine, comment avez-vous appris que vous aviez un cancer ?

En novembre 2017, lors d’une mammographie de contrôle, on a découvert la lésion dans un sein, j’ai du faire une biopsie. J’avais alors des seins très denses, je savais depuis plusieurs années qu’il fallait surveiller, ce que je faisais. 

Comment avez-vous vécu l’annonce ?

 

Lors d'une mammographie, le radiologue a vu des cellules atypiques, Il m'a prescrit des examens complémentaires. La biopsie ne s’est pas bien passée et j’ai senti que j’avais un cancer. C'est en me donnant les résultats que le même radiologue me l’a annoncé. 

Sur le moment, le monde s’est arrêté, le sol s’est dérobé sous mes pieds. Il m’a annoncé le cancer avec beaucoup d’humanité et de précautions. En même temps, il m’a rassurée, c’était pris à temps. D’emblée, il m’a mise sur les rails de la guérison. Je savais que j’avais de la chance même si cela devait être pris au sérieux. 

Après les huit jours au cours desquels vous avez pensé à la mort, comment avez-vous pris la maladie en main ?

J’ai vécu le cancer comme un avertissement, je n’étais pas très surprise. J’ai décidé de mettre toutes les chances de mon côté, je crois moyennement à la chance seule. Mais j’avais envie de tout essayer alors j’ai décidé de faire pas mal de changement.

 

J’avais des problèmes avec la nourriture. Mon corps supportait de moins en moins la nourriture. Je mangeais trop de sucre, j’étais accro au sucre, j’arrivais à manger équilibré avec des moments de compulsion. Alors, j’ai arrêté le sucre raffiné, ce qui a tout de suite changé beaucoup de choses dans mon équilibre, j’ai dès lors ressenti moins d’effets secondaires des médicaments. Je me suis aussi ouverte au yoga et à la méditation. Surtout, j'ai baissé la garde.

 

Le cancer a changé l’équilibre de ma vie global. Ma sœur m’a dit un jour que j’étais beaucoup plus sympa depuis que j’avais eu mon cancer; surtout au moment où je me suis mise à la méditation.

Mon fils avait six ans et demi. Les médecins nous avaient recommandés de ne pas trop changer de vie même si je lui expliquais tout. Mon mari a été d’un grand soutien même si c’était dur pour lui. Nous parlions beaucoup et étions vigilants pour que cela se passe aux mieux, ou le moins mal possible. 


Qu’est ce qui a été le plus dur à vivre pour vous ? 

Le plus dur à vivre a été le casque réfrigérant pour protéger les cheveux. Ça a fonctionné car je n'ai perdu que la moitié de mes cheveux, on ne voyait pas la maladie sur moi. 

En même temps, cela m’a appris à être traversée par la douleur. Le casque me donnait des nausées, j’étais parfois au bord de m’évanouir. J’ai réussi à comprendre que j’e résistais, or plus je résistais, plus j’avais mal. Lors de la séance où la douleur était à son paroxysme je l’ai accueillie. Je l’ai ressentie, j’ai décrit tout ce que je ressentais et bizarrement j’ai eu beaucoup moins mal, et de moins en moins mal jusqu’à ne plus avoir mal du tout. Alors j’ai dû arrêté de résister, cela m’a aidée pour tous les autres aspects de ma vie

 

Est-ce qu’à un moment vous avez ressenti que la maladie vous apportait un cadeau caché ?

 

Ce n’était pas un cadeau et je n’aime pas ce mot, mais j’ai assez vite perçu la part de positif. La maladie a révélé mon côté optimiste et j’ai bien vu avec la maladie que je n’avais pas à me forcer pour voir le côté positif des choses. Il y a forcément quelque chose de bon à en sortir. 


Comment avez-vous vécu l’opération ?

 

Un sein n’est pas un organe vital. Je ne l’ai pas vécu comme une amputation. Ma poitrine ne me définissait en tant que femme aussi car j’avais une petite poitrine. Je me suis prise en photo, j’ai regardé ce sein, j’ai voulu vivre cela en conscience, il y avait un avant et un après. J’en ai beaucoup parlé avec mon mari. Il lui a aussi fallu du temps pour s’adapter.

L’opération s’est très bien passée. J’avais une grande confiance en mon chirurgien. Quinze jours après, je démarrai la chimio, et dans mon esprit, la chimio balayait l’opération. A aucun moment de la maladie je ne me suis pas sentie femme, J’avais fait un grand travail sur moi avant et j’avais beaucoup réfléchi à ma féminité.

 

Comment avez-vous vécu les phrases maladroites que l’on entend tous un jour ?

 

Des amis ont fait comme si la maladie n’existait pas. Et cela m’a heurté. 

Mon psy m’a dit : «  La maladie laisse sans voix ». Personne ne réagit normalement face à un cancer. Et oui, il y aura forcément des maladresses. Je me suis promis que je ne me vexerais jamais. Je ne suis pas dans la tête des gens et je ne sais pas ce qu’il se qu’ils pensent, mais aussi, et surtout, pour garder l’énergie positive pour moi. 

Le truc qui est identique pour nous toutes, c’est qu’après, vous n’acceptez plus que l’on vous emmerde. Désormais, assez vite, je dis stop. Il ne faut pas trop me chercher. J’ai aussi besoin de me protéger.

 

Il y a tellement de choses qui ont changé que mon mari a eu peur. Pour mon mari et mes amis rien ne changent pour le reste, je pratique le yoga kundalini, cela permet d’être beaucoup plus connecté à ses émotions. On ressent les bénéfices tout de suite . C’est un gros travail sur la respiration, on hyper ventile, le corps a plus d’oxygène et il se sent mieux. La méditation m’aide beaucoup. 

 

Mon rapport au stress a aussi énormément évolué. Je pense que mon stress est entré dans la balance à l’origine de la maladie. Désormais, j’aborde le travail différemment. Au départ j’avais pris des résolutions et en fait j’ai amorcé des choses qui en amorcent d’autres pour un changement en profondeur. 

 

Avec les autres, je suis beaucoup plus présente. Je fais moins mais je suis plus présente. J’essaie d’être dans l’instant présent. Et je médite tous les jours pour ça. Et le yoga kundalini m’aide beaucoup pour faire plus de place à l’intuition versus le mental. Et les choses viennent plus facilement, je me pose moins de questions. je me fais confiance. Avant j’étais plus perdue. 

Comment avez-vous vécu la rémission, et cette fameuse phase psychologique de l’après cancer ?

 

Je m’attendais à l’après cancer. Cela n’a pas été trop dur même si c’est un moment de dépression et cela ne peut pas être autre chose car il y a eu une pression. 

J’ai adoré les médecins, j’ai eu un cancérologue fabuleux, un chirurgien fabuleux. J’ai arrêté ma psychothérapie après 19 ans. J’étais actrice des traitements. J’étais très très bien armée, très outillée. Je ne l’étais pas suffisamment pour que le cancer ne se déclare pas mais moi j’allais bien.

Qu’est-ce que vous aimeriez dire à toutes les personnes qui découvrent qu’elles sont malades ?

 

Je peux juste dire que parfois l’idée que l’on se fait des choses est plus terrible que la façon avec laquelle on va la vivre. Le cancer charrie un tel imaginaire, qu’on l’imagine terrible et parfois ce n’est pas si terrible. On vit dans un pays qui fait des progrès pharamineux : des personnes décédées il y a 20 ans pourraient être soignées et guéries aujourd’hui. L’idée que l’on se fait du cancer peut être périmée. La façon avec laquelle elles vont le vivre n’est pas aussi dure que l’idée qu’elle s’en font. 

Le mieux pour ça est de rester dans le présent et ne pas partir dans des conjectures et si et si et si… Car alors on attend tout le temps et on finit par ne vivre que dans l’attente et on ne vit que dans le futur. 

 

Essayer de méditer, lire sur le bouddhisme, il y a des choses à vivre dans le présent. On ne peut plus attendre d’avoir un corps sain ou en état de marche pour vivre. 

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© 2019 Sophie Renard